jeudi 19 avril 2018

Syrie : la couleur de la ligne rouge

Paru dans The Conversation

Les frappes militaires occidentales en Syrie, dans la nuit du 12 ou 13 avril 2008, ont été justifiées par leurs auteurs au nom du franchissement par le régime de Damas d’une ligne rouge intolérable. En l’occurrence, l’usage réitéré d’armes chimiques sur des populations civiles. Cette initiative, qui a conduit à la destruction de plusieurs sites militaires syriens liés aux armements chimiques près de Damas et dans la région de Homs, ouvre plusieurs questions.
Quelles en sont les conséquences sur la situation au Proche-Orient, sur les équilibres globaux, et enfin quel sera l’avenir du concept de ligne rouge dans les usages stratégiques internationaux ?

Les frappes occidentales : quel impact ?

Selon toute vraisemblance, les frappes opérées n’avaient pas pour objectif d’ouvrir la voie à un affrontement plus global, ni de préparer un changement de régime en Syrie. Les trois chancelleries concernées – États-Unis, France, Royaume-Uni – ont pris soin de modérer leur propos au lendemain des opérations, de souhaiter la reprise du dialogue diplomatique, et même de proposer (comme la France) de nouvelles résolutions aux Nations unies. Elles ont pris soin, surtout, de ne pas frapper de cibles russes.
Sur le front militaire syrien proprement dit, ces frappes ne devraient donc pas bouleverser les équilibres. Leurs conséquences politiques pourraient néanmoins être importantes. En premier lieu, elles ont pour vocation de corriger l’épisode de 2013, lorsque les États-Unis de Barack Obama refusèrent de suivre la France dans sa volonté de frapper le régime de Damas après, déjà, l’utilisation très probable par ce dernier d’armes chimiques contre des populations civiles.
Cette séquence avait symbolisé les hésitations et sans doute la faiblesse de l’Occident face à un régime sans scrupule. L’entrée spectaculaire sur la scène syrienne de la Russie quelques mois plus tard, puis le processus d’Astana co-piloté par Moscou, Ankara et Téhéran, avaient illustré avec force le recul des trois Alliés qui s’étaient jusqu’alors situés au premier plan des drames du « Grand Moyen-Orient », de l’Irak à l’Afghanistan, en passant par la Libye.
Par la suite, la lutte contre l’État islamique avait pris le pas sur l’objectif de punir Bachar Al-Assad, la Turquie s’était rapprochée de Moscou, et le gouvernement syrien avait repris le contrôle de l’essentiel du territoire. Il apparaissait donc en quelque sorte vainqueur, même s’il se trouvait affaibli et dépendant de ses sauveurs, l’Iran et le Hezbollah d’une part, la Russie de l’autre. Vainqueur, même, au point de se permettre de persévérer dans l’utilisation des armes chimiques, après avoir annoncé un accord russe sur leur démantèlement.

Les Alliés à nouveau réunis

L’un des points importants de ces frappes réside peut-être dans l’affichage d’un front (ré)uni des trois Alliés. L’Amérique, en dépit de son Président fantasque, a agi de concert avec son homologue français qui avait pourtant annoncé « la fin d’une forme de néoconservatisme importée en France depuis dix ans », et une première ministre britannique affaiblie par le Brexit et par les élections générales de juin 2017.
Le trio habituel de l’intervention extérieure s’est donc reconstitué, de surcroît sur un dossier où on le disait définitivement relégué au second plan. Cela change naturellement la donne, même si cela ne réglera pas tous les désaccords annoncés entre les partenaires. On pense, notamment, à l’accord sur le nucléaire iranien, auquel l’Élysée tient tandis que la Maison Blanche veut le remettre en cause.

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vendredi 23 mars 2018

Les premiers jours de Pompeo

«A l’ère Trump-Pompeo, l’Europe doit-elle apprendre à se passer de l’Amérique?», par Frédéric Charillon


Article rédigé pour : 
Toujours la même méthode brutale pour humilier ses collaborateurs, toujours la même impression de désordre déguisée en reprise en main, et au final un repli sur une garde rapprochée après avoir échoué pendant un an à rassurer et à rassembler : la nomination de Mike Pompeo au secrétariat d’Etat (et son corollaire, le limogeage de Rex Tillerson) souligne une fois de plus le choix d’une ligne dure par le président Donald Trump. Cela ne sera pas naturellement sans incidence sur la France et l’Europe.
Le secrétaire d’Etat sortant constituait un point de repère et un interlocuteur pour les Alliés, dans un climat de désorganisation peu rassurant par ailleurs, marqué par une grande instabilité dans les équipes. Surtout, contrairement à la Maison Blanche, il était sur la même ligne que Paris au regard de plusieurs dossiers importants : Tillerson était favorable au maintien des Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, souhaitait préserver l’accord sur le nucléaire iranien et aurait préféré une ligne moins imprudente que celle de Trump sur la brouille entre le Qatar et l’Arabie saoudite. Son départ n’est pas une surprise totale tant son isolement devenait visible, mais son remplacement par Pompeo, et la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA, ouvrent une période difficile pour la relation transatlantique.
En premier lieu parce qu’il est toujours difficile pour les Alliés de gérer une équipe américaine impopulaire, et celle-là le sera probablement : l’implication de Gina Haspel dans des programmes de prisons secrètes après 2001, la ligne dure de Mike Pompeo ont tout pour ramener la relation aux tensions des années 2000. Or l’allié américain est déjà assez difficile à gérer comme cela, de l’Otan à l’ONU, de l’Iran à la Syrie, du climat au commerce, de Jérusalem à Pyongyang, pour ajouter encore à ces contraintes extérieures les réactions allergiques, en interne, d’opinions publiques européennes encouragées dans l’anti-américanisme. Pompeo existera-t-il par lui-même au-delà de sa fidélité à Trump, avec des bonnes surprises possibles, comme certains aux Etats-Unis semblent l’espérer, à l’image de Henry Kissinger ? Ou sera-t-il, comme son chef, le visage de l’Amérique que le monde aime détester ?
Grande Stratégie. Surtout, la vision du monde selon Trump, esquissée dans la campagne de 2016 et qui triomphe aujourd’hui, est la négation d’une Grande Stratégie américaine en place depuis 1945, dans laquelle l’Europe jouait un rôle fondamental, et qui se serait parfaitement articulée avec les premiers discours de politique étrangère d’Emmanuel Macron. Cette Grande Stratégie américaine, quelle était-elle ? Une Grande Stratégie – terme qui fait l’objet de nombreuses études actuellement aux Etats-Unis mais nullement en Europe – peut se résumer à la formulation des principaux intérêts d’un pays dans le monde, à la définition des actions à mener pour les défendre, et au rassemblement des moyens nécessaires pour ce faire.

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samedi 17 février 2018

Mind the Gap: How France and Germany Can Spearhead Joint Foreign Policy Initiatives Now

Mind the Gap: How France and Germany Can Spearhead Joint Foreign Policy Initiatives Now  

(extraits du dossier dirigé par Claire Demesmay, DGAP, Berlin) : lire ici

Edited by Claire Demesmay 

In light of the current instability on Europe’s borders and uncertainties about the international role of the US under the administration of President Donald Trump, it is high time for Franco-German foreign policy initiatives. With a possible new German government in sight, a window of opportunity opens for new joint action by the two countries at the core of the EU. At the same time, differences between France and Germany, both on policy issues and in terms of their strategic cultures, could impede any such cooperation. This study shows how Paris and Berlin can bridge – and exploit – these gaps to facilitate joint initiatives, even in the short term, on four key topics: Russia, transatlantic relations, Syria and Turkey.

Syria: Associating German with French Initiatives

Frédéric Charillon & Andreas Rinke  

The conflict in Syria currently stands at the center of much of the international debate because it triggered a destabilization of the entire Middle East region – with the military involvement of a large number of foreign countries. The armed conflict also sent huge numbers of refugees to neighboring countries and Europe. As a result, Syria swiftly climbed to the top of the diplomatic agenda
for Germany and France. Despite the shared urgency, however, both countries have very different views on the conflict: This is due partly to historical reasons, and partly to the fact that France and Germany play different roles in world politics and hold different views on the use of military power. Nonetheless, the time for joint initiatives is now better than ever before – frstly, because  both countries share common interests in the Middle East, and secondly, because the election of French President Macron might help fnd a common stance. A common French-German strategy for Syria, and for the wider Middle East, is both possible and necessary, and the EU offers the best framework in pursuing this. Paris made it clear that it wanted to promote new initiatives. Associating Germany with them would be indispensable.

France and Germany: Different Approaches Toward Syria
Germany and France diverge widely in their approaches toward Syria for at least three reasons. These relate to the two countries’ different historical involvement in the region, to their divergent attitudes on the use of military force, and lastly, on the context of current terrorist attacks.

The historical factors at play in the issue date back to colonial times: Unlike Germany, which does not have any colonial background in the Middle East, France used to exert tutelary power in both Lebanon and Syria and has kept strong links with the Levant ever since. Paris’ political clout in Lebanon somewhat decreased when frst, the Syrian, and then the Iranian grip on the country intensifed after the Civil War (1975-1989). But a struggle for influence between the West – mainly France and the US – and the Syrian-Iranian camp remained. Several attacks on the French territory in the 1980s, as well as the assassination of the French Ambassador in Beirut in 1981 and
later the killing of French hostages were attributed to Damascus, Tehran and their local allies, such as Hezbollah.
  

mercredi 31 janvier 2018

La visite du Vice-Président américain au Moyen-Orient

Le vice-président des Etats-Unis, Mike Pence (au milieu) accompagné de sa femme (à droite).REUTERS/Muhammad Hamed

    Le vice-président des Etats-Unis Mike Pence est en tournée au Proche-Orient : après l’Egypte hier, il est aujourd’hui en Jordanie et en Israël. Une tournée qui ne se déroule pas sous les meilleurs auspices. Frédéric Charillon, professeur en science politique à l’Université d’Auvergne, Cofondateur et ancien directeur de l’IRSEM, l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, répond aux questions de Chantal Lorho.
    http://www.rfi.fr/emission/20180121-mike-pence-situation-inconfortable-frederic-charillon

    samedi 30 décembre 2017

    Trump invente le G1

    Artcile paru dans TheConversation et Slate.fr

    Donald Trump persiste dans les décisions polémiques, en dépit des réticences d’une partie de son administration. Le retrait américain de nombreux traités ou organisations internationales, la remise en cause des alliances, un mur avec le Mexique… Et maintenant la reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël. La posture reste guidée par deux logiques du Président américain : rester en phase avec une base dure, et faire parler de lui. La nouvelle polémique sur Jérusalem est porteuse de risque politique, de clarification et de transition.

    Allumer le feu

    En annonçant l’installation future de l’ambassade américaine à Jérusalem, reconnue comme capitale d’Israël, le locataire de la Maison Blanche ne fait que peu d’heureux, parmi lesquels quelques cercles aux États-Unis, et bien entendu l’actuel Premier ministre israélien, Benyamin Nethanyahou. Ailleurs, c’est le désarroi dangereux, l’inquiétude ou l’embarras.
    Désarroi chez les Palestiniens, avec le risque que le sentiment de n’avoir plus rien à perdre favorise les franges les plus extrêmes, à l’heure où des affrontements suivent la décision américaine, en Cisjordanie et à Gaza. Inquiétude dans les capitales occidentales, notamment européennes, face à l’obstination du Président américain à répandre la déstabilisation avec toujours la même unique satisfaction d’en être l’auteur. On s’inquiète, en Europe, pour un voisinage stratégique sud-méditerranéen souvent exportateur de tensions sociales et communautaires, et plus largement pour l’avenir d’une sécurité européenne dépendante d’une puissance américaine aujourd’hui bien imprévisible.
    Inquiétude aussi dans les capitales arabes qui ont vu par le passé d’importantes manifestations de soutien aux Palestiniens (comme en Jordanie), ou dont la situation est déjà si tendue que ce nouvel épisode n’arrangera rien (au Liban). Embarras, également, dans les pays arabes dont les relations avec Israël étaient apaisées, comme en Égypte, ou bien se réchauffaient au point de prendre la direction d’un nouvel axe stratégique, comme à Riyad.
    Dans ces capitales-là, la cause palestinienne, à vrai dire, n’est plus prioritaire depuis longtemps. Mais dans leur préoccupation actuelle de lutter contre l’influence iranienne, elles se retrouvent non plus discrètement alliées à un partenaire israélien qui a le même ennemi, mais tapageusement associées sur un enjeu hautement symbolique au duo Trump–Netanyahou, ce dernier étant par ailleurs assailli d’accusations de corruption, et dont la propre presse – le journal Haaretz – se demande « combien de vies la décision de Trump va coûter ».
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    lundi 20 novembre 2017

    Comment Paris peut-il se réinventer un rôle au Proche-Orient ?

    Article paru dans L'Orient Le Jour (Beyrouth)


    Proche-Orient : Que peut faire la France?


    Frédéric Charillon (Professeur des Universités en science politique, UCA, Sciences Po, ENA – ancien directeur de l’institut de recherche stratégique de l’école militaire)


    La France s'efforce, depuis longtemps, de maintenir ou d'adapter son rôle au Moyen-Orient. Aujourd'hui ses grands partenaires (Egypte, Arabie) inquiètent par leurs crispations internes ou leur aventurisme extérieur. Le Liban, auquel elle tient tant, est dans la tourmente.  Face à cette situation, sa diplomatie se heurte à plusieurs obstacles : un contexte international défavorable, la difficulté à trouver des relais régionaux, la contradiction des intérêts français eux-mêmes. Paris peut néanmoins aborder cette séquence difficile avec une nouvelle méthode de dialogue.


    Un contexte difficile

    Les encouragements donnés par Washington aux postures dures contre l'Iran favorisent la confrontation dans la région. Ni l'état actuel de l'Union européenne, ni la longue prudence des émergents, ne contrebalancent cette tendance. Et Moscou est suffisamment occupé par la Syrie pour se risquer à des arbitrages ailleurs. Dès lors, la France, plus préoccupée que d'autres par la situation libanaise et qui a souhaité y réagir vite, se trouve bien seule pour mener une initiative.

    Ayant établi une relation de confiance avec Riyad (essentiellement avant la nomination du nouveau prince héritier), Paris soigne également son dialogue avec Le Caire, et se refuse à donner des leçons à quiconque, comme il l'a été rappelé lors de la visite à Paris du président Sissi. La posture a ses mérites comme ses défauts, mais elle ne permet pas de transcender le problème principal : aucune de ces capitales arabes n'est en mesure d’être un hégémon consensuel dans la tourmente actuelle. L'initiative appartient même désormais aux puissances non arabes, Israël, Iran, Turquie.  Acteurs avec lesquels Paris entretient des relations tendues, et dont l'intransigeance se prolonge (Israël), se renforce (Turquie), ou fait l'objet de rapports de force internes (Iran).

    La France doit enfin faire l’inventaire de ses intérêts dans la région. L'affaire syrienne, depuis 2013, reste l'objet d'un débat : en exigeant alors le départ de Bachar al-Assad, Paris a pris le risque d'avoir moralement raison tout en se mettant diplomatiquement hors-jeu. Voir s'effondrer les régimes de l'Arabie ou de l'Egypte serait une nouvelle terrible, mais il est impossible de leur donner carte blanche pour jouer la politique du pire. Soutenir le Liban et le protéger du chaos est un réflexe à Paris : les événements libanais remontent plus haut et plus vite au sommet de l'Etat que beaucoup d'événements internationaux, et la France ne souhaite ni une mainmise étrangère sur le pays, ni un étouffement progressif interne qui ne respecte pas la pluralité libanaise. Mais l'on se souvient du temps passé pour rien à tenter de résoudre la crise institutionnelle en 2007.


    L'indispensable changement d'optique

    A région bouleversée, méthode nouvelle. La politique des blocs a vécu, l'unité arabe aussi, et les sociétés s'expriment de plus en plus. Comment Paris peut-il se réinventer un rôle ? Les équipes Macron, dans lesquelles on compte plusieurs connaisseurs de la zone, tablent d'abord sur le dialogue avec tous les acteurs, en l’élargissant même à de nouveaux, quels que soient les points de désaccord ; ensuite sur le multilatéralisme ; enfin sur la réaffirmation des principes.

    Cette méthode (esquissée par le Président devant les Ambassadeurs français à Paris, où les Nations Unies à New York) peut-elle s’appliquer au Proche Orient ? Le dialogue à tout prix, on l’a vu dans la réception de Sissi à Paris, comme d’ailleurs avec Trump ou Poutine, consiste à chercher les points de convergence en dépit de tensions réelles. Le multilatéralisme, lui, pourrait peut prendre la forme de conférences internationales aux formats ad hoc, sur la Syrie ou pourquoi pas sur le Liban, qui mettront l'accent sur l’avenir des peuples plutôt que sur les compétitions étatiques. La réaffirmation des principes enfin, consiste à édicter la position et les lignes rouges de la France, mais sans en faire un casus belli.

    Un enseignement s’impose, sur la période récente : laisser les capitales régionales dériver vers la manière forte pour ménager leur susceptibilité, n'a renforcé ni la stabilité régionale, ni l'influence française. La France teste donc sa nouvelle méthode. Elle maintient le lien historique avec Le Caire ou Riyad, mais mise aussi sur les Emirats, acteur montant. Emmanuel Macron, puis son ministre des Affaires Etrangères (ce dernier fort d’une relation de confiance ancienne avec l’Arabie) rendent visite au Prince héritier saoudien pour parler du Liban, mais invitent dans la foulée Saad Hariri à Paris, comme pour souligner que la souveraineté libanaise n’est pas négociable.

    Pour peser davantage, la France doit sortir des dilemmes traditionnels: Doha ou Riyad, Sissi ou pas Sissi, Bachar ou Daech, le Hezbollah ou Hariri, etc. D’autant qu’ainsi formulés, c’est le Proche-Orient qui en est la première victime. Surtout, elle peut tenter de prendre l’initiative, en y associant les institutions internationales, de nouveaux acteurs étatiques, et les nouveaux acteurs sociétaux (jeunes, intellectuels, femmes). La réussite n’est jamais garantie au Proche-Orient, mais il est temps d’essayer ce qui ne l’a pas encore été.







    jeudi 19 octobre 2017

    Quand le Président Trump suicide l'Amérique Monde


    Donald Trump lors de son intervention sur le dossier iranien, depuis la Maison Blanche, le 13 octobre. Depuis son entrée en fonction, le 20 janvier, Donald Trump a certifié le Plan d’action conjoint à deux reprises : le 18 avril et le 17 juillet.

    « Le monde doit composer avec une administration américaine devenue nihiliste»


    Paru dans LeMonde

    En lançant son offensive contre l’accord avec l’Iran, Donald Trump aggrave la méfiance internationale à l’égard de l’Amérique et entraîne un risque de prolifération au Proche-Orient, déplore le politiste Frédéric Charillon dans une tribune au « Monde ».
    LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 




    Tribune. 

    Le comportement de Donald Trump à l’international semble obéir à des logiques désormais identifiées : s’en prendre systématiquement aux accords forgés par son prédécesseur (forcément « les pires » qui soient) ; adopter une posture belliqueuse face aux adversaires consacrés tout en ménageant d’autres régimes autoritaires ; rejeter ce qui a fait l’ancrage de l’Amérique au cœur de l’international (multilatéralisme, libre-échange…), pour flatter le segment de l’opinion américaine le moins internationalisé.
    L’offensive contre l’accord du 14 juillet 2015 s’inscrit dans la logique de nombreux épisodes : critiques contre l’OTAN, remise en cause de l’accord de libre-échange nord-américain (Aléna), rejet du traité transpacifique, sortie de l’accord de Paris sur le climat, fin du rapprochement avec Cuba, menaces contre le Venezuela et la Corée du Nord, retrait de l’Unesco au nom d’un soutien à Israël… C’est donc sans surprise que le président américain renoue avec la diatribe, et la stigmatisation de l’Iran – « dictatorial », « principal parrain du terrorisme dans le monde ». Sans surprise qu’il persiste dans la logique du retrait et du cavalier seul.

    Trois types de dégâts sont à attendre : une méfiance accrue vis-à-vis de l’Amérique à l’échelle globale ; un désarroi européen encore aggravé ; un Proche-Orient victime des signaux politiques dangereux envoyés par Washington. 

    Jadis partisans d’une stabilité hégémonique assurée par eux-mêmes, les Etats-Unis se considèrent désormais comme une citadelle assiégée dans un monde à l’état de nature. En conséquence, on ne discute plus : on se barricade et on menace. On ne travaille plus à forger des accords, on les rejette. On ne croit plus aux biens communs ni au multilatéralisme, mais au chacun pour soi. C’est toute une panoplie d’outils de la domination américaine dans les dernières décennies qui se voit ainsi balayée.

    Travail de sape

    Devant ce tableau,

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