lundi 3 décembre 2018

Mémoires de diplomates - Claude Martin, La diplomatie n’est pas un dîner de gala


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Claude Martin, La diplomatie n’est pas un dîner de gala. Mémoires d’un ambassadeur. Paris-Pékin-Berlin, Editions de l’Aube, Paris, 2018, 964 pages

Le récit de Claude Martin est exceptionnel à plus d’un titre et la formule de Pierre Haski est fort juste (comme souvent), qui en fait une lecture « recommandée sinon obligatoire ». Si l’ouvrage est, de l’avis général, supérieur à la moyenne des mémoires d’ambassadeurs, c’est d’abord parce qu’il n’est pas tout à fait cela. Carnet de voyage, chronique politique de cinquante années de diplomatie sous la Ve République, déclaration d’amour à la Chine d’un homme qui ne fait que suivre les soubresauts d’Orient même lorsqu’il est en charge des affaires européennes… Il faut saluer aussi l’éditeur, qui en accepta les 964 pages en faisant le pari réussi qu’elles seraient un coup de maître.

L’aventure s’ouvre sur la fine équipe de la toute nouvelle relation diplomatique franco-chinoise après la reconnaissance de 1964, et s’achève sur la disparition de Paul-Jean Ortiz en 2014. De Malraux cherchant, à Pékin et malgré la gêne des Chinois, à « revoir les copains » qu’en réalité il n’a jamais rencontrés, jusqu’aux ministres plus récents, parfois gaffeurs, souvent grossiers, rarement inspirés, la fresque est croustillante. Tant pis pour Alain Peyrefitte, moins connaisseur que ne le fit croire son « Quand la Chine s’éveillera » ; pour Jean Sauvagnargues, peu sobre et élégant à table, aux côtés de l’épouse de son homologue ; pour Claude Cheysson, moins téméraire qu’on ne le dit un temps ; pour Louis Mermaz, Dominique Strauss-Kahn et bien d’autres, que n’atteignirent pas les subtilités de l’Orient. Car il y a dans ce panorama les initiés, et les autres, imperméables au voyage, ou qui ne viennent en Chine que parce qu’il faut s’y faire photographier. BHL, Bernard Kouchner, Nicolas Sarkozy, entre autres, y apparaissent conformes à la réputation que leur ont faite leurs détracteurs. Le gaulliste Claude Martin leur préfère nettement Jacques Chirac (qui aime l’Orient, il est vrai), ou Hubert Védrine, qui une fois de plus (c’est devenu fréquent dans les témoignages de diplomates) s’en tire le mieux, aussi bien pour son professionnalisme que pour ses qualités humaines. Le tout émaillé d’innombrables dirigeants, artistes, intellectuels chinois, entre lesquels se glissent quelques touches d’actualité française, de « l’insupportable Léon Zitrone » aux chroniques des cohabitations successives en passant par les visites pékinoises d’artistes français.

Cette Lettre à la Chine, riche en détails, en couleurs, en paysages et impressions, en hommages répétés à la beauté des femmes chinoises, nous fait rencontrer Mao, Zhou Enlai, Deng Xiaoping et les autres, nous fait revivre la Révolution Culturelle de 1966 et la place Tian’anmen en 1989 (où l’auteur se trouvait lorsque le drame se jouait), nous guide dans les dédales des intrigues de palais ou des reprises en main. Et c’est bien difficilement que l’entrée de la Grande-Bretagne dans le marché commun, l'élargissement de l'Europe ou même l'Allemagne réunifiée (dans laquelle l’auteur resta tout de même presque neuf ans comme ambassadeur, de 1999 à 2007), trouvent une place dans cette histoire. Comment, à côté de ces péripéties chinoises, ne pas paraître fade ? Dans ces mille facettes de la relation que la France tente de maintenir en Asie, quelques épisodes récurrents prennent une place particulière. Celui de la médiation française, jusqu’aux accords de Paris de 1991, pour trouver une issue à la situation cambodgienne et une place au Prince Sihanouk ; celui de la double affaire des frégates et des mirages pour Taïwan, qui opposa visions courtes et longues de la Realpolitik. Au fil de ces imbroglios et de quelques autres, Claude Martin ne cache pas les options qu’il défendit alors. Il souhaitait que l’on crût en Sihanouk, que beaucoup à Paris (notamment VGE) dépeignaient en loser. Il s’opposait à la vente de quelques armes à Taipei, jugées désastreuse au regard de la mission historique entamée par le général de Gaulle en 1964. C’est pourtant avec élégance qu’il relate les volte-face de Roland Dumas, et les éclaire par non-dit en fin d’ouvrage.

Cela pose bien entendu une question classique. Un diplomate, lorsqu’il passe trop de temps au contact d’un pays, ne devient-il pas le défenseur de ce pays plutôt que le représentant du sien propre ? Et ce, à partir du meilleur sentiment du monde, à savoir la quête de la compréhension de l’Autre ? Ne vaut-il mieux pas, finalement, jouer la carte de l’agent banal, insensible aux charmes de si puissantes machines, de si redoutables interlocuteurs ? Claude Martin plaide pour l’immersion, l’osmose, la découverte. Il fustige sans relâche – et de manière convaincante – la médiocrité de ceux qui veulent gérer le monde tout en s’en préservant. C’est un flâneur au sens baudelairien du terme. Ne laissant passer ni un village, ni une rue, ni un regard, il regarde les ombres derrière les projecteurs de la géopolitique. On lit les déceptions, les affres, les tortures d’un homme qui après les folies maoïstes, puis les massacres de Tian’anmen (une « tâche » dans l’œuvre de Deng), veut rester fidèle à son rêve de Chine, tout en vivant si mal, chaque fois, les terribles retours en arrière. On voit avec lui, sur cinquante ans, passer la Chine de l’état artisanal à la modernité actuelle, où la brutalité perdure sans plus être la même. « Etait-ce mieux avant ? », lui demandent, pour finir, de jeunes interlocuteurs chinois...



mardi 20 novembre 2018

Mémoires de diplomates - Evgueni Primakov



Evgueni Primakov, Au cœur du pouvoir : Mémoires politiques, Editions de Syrtes, 2002 (version en anglais 2001)




Evgueni Primakov fut l’un des acteurs soviétiques puis russes les plus influents de la fin de la guerre froide et de la période qui suivit. Orientaliste distingué à la tête de l'Institut d'économie mondiale et des relations internationales de l'Académie des sciences, journaliste, c’est sous Gorbatchev qu’il devient en 1989 Président du Soviet de l'Union, puis membre du Conseil présidentiel (1990-91), où il suit la guerre du Golfe. Nommé ensuite sous Boris Eltsine Directeur du Service des renseignements extérieurs de Russie (SVR, 1991-96), ministre des Affaires Etrangères (1996-98), et enfin Premier ministre – ou « président du gouvernement » (1998-99), il sera, après son éviction candidat aux législatives puis Président de la Chambre de commerce et d'industrie (2001-2011). Il disparut en 2015.

L’homme n’est pas un repenti. Il défend son système, réfute les accusations nombreuses portées à l’encontre de l’URSS (par exemple celle d’avoir incité l’Egypte à attaquer Israël à plusieurs reprises), et a même témoigné en faveur de Slobodan Milosevic à La Haye. Ses mémoires retracent, de son point de vue précieux, des épisodes clefs : les soubresauts de la fin de l’URSS et des débuts de la Russie (jusqu’au départ d’Eltsine et à l’arrivée de Poutine, auquel il se rallie finalement), la guerre du Golfe (1990-91), les paradoxes de la perestroïka de Gorbatchev et ses erreurs, son action à la tête des renseignements extérieurs, puis à la tête de la diplomatie russe, notamment sur les dossiers du Kosovo, du processus de paix au Proche-Orient. On y croise les leaders russes bien sûr mais aussi les présidents et secrétaires d'Etat américains, Saddam Hussein, Arafat, Hafez al-Assad, Milosevic, Castro, des dirigeants européens, surtout Chirac et Védrine, qu’il apprécie tous deux visiblement. Il plaide naturellement pour la sincérité russe, et contre les erreurs occidentales, notamment dans les guerres du Golfe de 1991 et du Kosovo en 1999, sans parler bien sûr de l'élargissement de l’OTAN, dont les américains avaient promis sous Bush senior qu’il n’aurait pas lieu. Opposé à l'intervention militaire russe en Tchétchénie, il n’épargne pas pour autant les boïeviki (combattants) tchétchènes « sanguinaires ».

Avec humour et élégance, il trace le panorama de près d’un demi-siècle russe et international, souvent à partir de sa spécialité : le Moyen-Orient. En guerre avec « la famille », ou l’entourage de Eltsine qui finit par l’écarter, il dénonce la corruption qui s’est emparée de la russie dans la décennie 1990, sans glorifier pour autant Gorbatchev. Peu tendre avec la politique américaine, il reste objectif et brosse le tableau de relations de confiance, et même amicales, avec de nombreux américains. Plus qu’un militant, c’est en membre éminent de l’élite diplomatique internationale qu’il témoigne dans son ouvrage, avec humanité souvent, mais sans regrets.

Mémoires de diplomates - Jean-Marc Simon, Secrets d'Afrique




Jean-Marc Simon, Secrets d’Afrique. Le témoignage d’un ambassadeur, Cherche Midi, 2016

Jean-Marc Simon fut ambassadeur en République centrafricaine, au Nigéria, au Gabon et en Côte d’Ivoire, et dans plusieurs cabinets ministériels. Elevé à la dignité d’ambassadeur de France par François Fillon en 2011, proche de Michel Roussin (l’un des hommes des dossiers africains de la chiraquie), toujours actif dans le conseil en Afrique (à la tête de Eurafrique Stratégies), il revient, dans un style diplomatique classique mais efficace, sur plusieurs de ses postes ou missions, au Tchad, dans l’afrique du Sud de l’apartheid, sur le Rwanda, longuement sur la Centrafrique, au Nigéria (où il fut maître de stage ENA d’un certain Emmanuel Macron), au Gabon, en Côte d’Ivoire. Rien hélas sur sur les Philippines, le Pérou et le Liban, certes hors d’Afrique, où il fut pourtant en poste. Des portraits saisissants – souvent aimables – parsèment ces mémoires : Hissein Habré, Pik Botha, Ange-Félix Patassé, Omar Bongo surtout, ou encore les protagonistes du drame ivoirien, Gbagbo, Ouattara et Bédié. Pas de révélation fracassante sur la « françafrique », quelques passages peut-être même trop courts (sur le rôle de l’armée française en Côte d’Ivoire dans l’extrême tension de 2004, ou la chute de Gbagbo en 2011). Le fil de nombreux épisodes est retracé de l’intérieur, avec quelques scènes saisissantes. La politique française est défendue dans un exposé assez clair, et revendiqué à droite, tandis que la méthode jospin (1997-2002) est égratignée pour son « ni ingérence, ni indifférence », auquel l’auteur ne croit pas : « En l’occurrence, c’est souvent l’indifférence qui prévaut ». Les ambiguïtés ou complexités de plusieurs chefs d'Etat apparaissent, sous une plume pourtant diplomatique. Hissein Habré n’en est pas l’un des moindres. L’opération Manta de 1984 et l’affrontement de François Mitterrand avec Kadhafi, la cohabitation de 1986-88, bien d’autres épisodes sont retracés. Ni regrets ni remords, ni sur le système Foccart ni sur le Rwanda. Peu de secrets en réalité, mais un témoignage qui permet de mieux comprendre ce que fut l’approche française et celle de ses acteurs, dans une Afrique qui aujourd’hui n’est plus la même.

lundi 29 octobre 2018

Bertrand Badie, Quand le Sud réinvente le monde


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Bertrand Badie, Quand le Sud réinvente le monde. Essai sur la puissance de la faiblesse, La Découverte, Paris, 2018

Dans son nouvel ouvrage, Bertrand Badie reprend les thèmes qui lui sont chers : le coût international de l’humiliation, l’échec de l’Etat importé et de la décolonisation, les conséquences d’une diplomatie de club trop longtemps confisquée par l’Occident, dans une tentative du vieux monde pour résister à la réinvention pourtant nécessaire du système international.

Le chapitre I, qui revient sur l’occasion ratée d’une décolonisation dont l’ancien maître colonial a tout fait pour limiter les effets, est l’un des plus convaincants. Incapables de tourner réellement la page de la violence physique et symbolique qui avait marqué la colonisation, les institutions post-coloniales ont détourné le sens d’ouverture du jeu mondial qu’aurait dû prendre la création de nouveaux Etats. Il en a découlé un certain nombre de réactions, ou plutôt de « contre-socialisations », dont l’islamisme politique fut l’une des manifestations. Au Sud, les nouveaux pouvoir n’ont pas réussi à dépasser le stade d’un nationalisme de combat pour imaginer un nouveau nationalisme de projet. Ils ne furent, à travers leurs expressions (de Bandoeng au mouvement des non alignes ou MNA), que réactifs.

Par la suite, Bertrand Badie nous montre comment le multilatéralisme qui aurait dû être inclusif fut contourné par les clubs (du G7 au G20) et autres formats diplomatiques ad hoc. Comment, surtout, la faiblesse des uns s’est imposée à la force des autres, au point que cette sociologie de la faiblesse est devenue un impensé majeur de l’étude des relations internationales. On retrouve là l’idée de la force du faible, ou de la nuisance plus forte que la puissance. Les conséquences de cette situation sur les sociétés en guerres (la guerre devenant cadre socialisateur pour de nombreux acteurs en quête de contre-socialisation), et sur l'intervention militaire de « seconde génération » après la fin de la guerre froide, n’en sont que plus forts.

Plusieurs hypothèses fortes émanent de ce livre. L’idée, par exemple, qu’un néo-souverainisme compatible avec la mondialisation, porté par les émergents avec un goût de revanche sur les humiliations passées, ouvre la voie à un renouvellement en profondeur du système international. Celle encore, selon laquelle l’acteur local a une marge de manœuvre supérieure à celle de l’acteur régional, qui lui-même est plus fort que l’acteur global. Une « re-régionalisation » du monde pourrait alors constituer une sortie de l’impasse.

En prenant le point de vue de l’exclu, ou du Sud, après être parti du point de vue du Nord dans son « Nous ne sommes plus seuls au monde » (2016), Bertrand Badie tente d’expliquer les dynamiques actuelles dans ce Sud porté vers l’autoritarisme (le Brésil en est le dernier exemple, consacrant encore un peu plus les BRICS comme club national-autoritaire). Comme toujours, le débat est ouvert, l’agitateur d’idées a donc accompli sa mission.

vendredi 31 août 2018

Le Quai croqué par la fiction


L’air du large

Les auteurs français de fiction (espionnage, romans policiers…) mettent rarement en scène l’action internationale de la France elle-même, sauf sur un mode comique (la reprise au cinéma dans les années 2000 de l’OSS 117 de Jean Bruce, qui transforme le héros initial en caricature franchouillarde, la bande dessinée Quai d’Orsay également portée à l’écran…). Il n’est donc pas anodin d’assister depuis peu à un réinvestissement du sujet « diplomatie française » par la littérature noire, à l’heure des luttes d’influence et du storytelling. En 2018, trois livres parmi d’autres ont fait parler d’eux : que nous disent-ils de l’outil diplomatique français dans son contexte international ? En comparaison avec des littératures étrangères, le thriller français se veut réaliste au risque du pessimisme, informé et universaliste, surtout hanté par la dictature au Sud.
Le diplomate français, nouveau personnage de roman
Dans ses 200 aventures de « SAS » très prisées du monde diplomatique français, Gérard de Villiers évitait le sujet. Son héros, le Prince Malko, était autrichien, travaillait sous contrat pour la CIA et sa mission principale consistait à faire voyager le lecteur francophone sous d’autres tropiques, dans un exotisme à fantasmes qui éloignait de la routine parisienne. Les services français n’étaient pas dans le jeu. Les quelques romans à succès des dernières années (comme les Pukhtu de DOA), s’attachaient également à d’autres acteurs, sociétés militaires privées américaines ou autres. Cette absence dans la littérature n’était pas compensée par les séries télévisées. Jusqu’au Bureau des légendes, succès français mais aussi succès commercial international, qui met en scène la DGSE dans des scénarios dont le talent tient au réalisme. Là où les Etats-Unis, le Royaume-Uni, plus récemment quelques émergents, glorifiaient leurs services dans la fiction, la France commençait seulement à rattraper son retard, sans James Bond, à sa manière, avec pour principale qualité de se critiquer elle-même.
Pour la seule année 2018, trois romans situent leur intrigue au cœur du milieu diplomatique français. Dans Kisanga, l’écrivain Emmanuel Grand montre un ministère des Affaires étrangères (dirigé par un ministre flamboyant, « François-Xavier de Meyrieux », à la crinière argentée…), et des agents de la défense, entre intérêts industriels et partenariats chinois, empêtrés dans les doubles-fonds d’une Afrique (en l’occurrence d’une RDC) en proie à tous les maux, et pillée par les grandes puissances. Dans Les saisons inversées, Renaud S. Lyautey (pseudonyme de l’actuel ambassadeur de France à Mascate, donc diplomate de carrière en pleine activité), met en scène l’assassinat en 2003, peu après la crise irakienne, du directeur général des Affaires politiques et de sécurité du Quai, qui eut quelques jardins secrets dans ses postes passés, en Iran ou en Amérique latine. Dans Le suspendu de ConakryJean-Christophe Rufin, écrivain qui fut ambassadeur, dépeint un consul de France qui s’ennuie, qui boit et joue du piano, réveillé et révélé par l’assassinat spectaculaire d’un français sur place. Rien de tout cela n’est fortuit, et les deux derniers auteurs annoncent même une suite, avec les mêmes héros.
« Le grand bâtiment retrouva dans l’instant sa vocation première, celle d’un tombeau servi par des prêtres mutiques, industrieux et bronzés. Chacun s’affaira à ce qu’il savait le mieux faire : la limitation des dégâts »
Le quai sans concession
Les héros, justement. Ces sans-grade qui mènent l’enquête à la place des enquêteurs, dans des romans policiers sans policiers. Ils ont une profondeur, une intelligence, que rien n’a facilitées, ni que personne n’a reconnues, au quai d’Orsay. Chez Rufin, le raté Aurel Timescu, diplomate d’origine roumaine qui finit consul de France en Guinée mais dont personne ne veut, devient pourtant une sorte d’inspecteur Columbo dans un décor de SAS, tout en subissant ce qui s’apparente à un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie. Le René Turpin de Lyautey est choisi pour aider l’enquête en raison précisément de ce que l’on croit être sa médiocrité : lui non plus, n’est pas aidé par la machine. L’anti-héro de Grand est un journaliste assisté d’un ingénieur idéaliste, considéré comme fini parce que le système l’a fait taire autrefois, et qui a maintenant le Quai et Balard à ses trousses pour le supprimer en Afrique. Sur le plan de la gestion des ressources humaines, le quai n’en sort pas grandi.
Il n’est pas épargné non plus sur le plan de la morale, décrit comme complice de faits graves, à différents degrés d’implication suivant les ouvrages. 

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lundi 30 juillet 2018

Donald Trump et Vladimir Poutine


Donald Trump et Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse commune à Helsinki (Finlande), le 16 juillet.
LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par 

« Donald Trump et Vladimir Poutine sont des alliés objectifs mais pas égaux »


Après la rencontre des deux chefs d’Etat à Helsinki, une dangereuse recomposition des alliances risque de marquer le rapport de force américano-russe, estime le politologue Frédéric Charillon dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Donald et Vladimir vont à Helsinki 

Tout prédestinait, à Helsinki, cette première rencontre bilatérale entre Donald Trump et Vladimir Poutine à être avant tout un spectacle. Les deux hommes sont prisés des médias, leurs faits et surtout leurs gestes sont abondamment commentés. Ils s’apprécient dans une relation sulfureuse faite d’amitié virile entre mâles dominants et de formules fortes. Ils pourraient, ensemble, être les héros d’une série américaine. Pas de « notetakers » pour cette entrevue, mais une conférence de presse commune qui fera date.
Au-delà du show, que retenir ? D’abord, que le jeu entretenu des perceptions a largement précédé, pour la parasiter, cette rencontre, qui aurait dû être importante. Ensuite, qu’elle a confirmé les craintes occidentales d’un différentiel de vision stratégique entre Washington et Moscou. Enfin, et de ce fait, c’est une dangereuse recomposition des alliances qui pourrait marquer désormais le rapport de force américano-russe.
Le parasitage des perceptions
Les personnages de Trump et de Poutine sont bien campés dans les esprits et dans les opinions internationales. Depuis longtemps (2000) pour le président russe, plus récemment mais de façon spectaculaire pour son homologue américain. Ils représentent chacun ce qu’une bonne partie du monde adore détester dans leurs pays respectifs. Le businessman truculent et volontiers vulgaire, qui s’assoit sur le politiquement correct sans s’embarrasser d’une grande culture et en affichant son goût pour le McDonald’s, a pour homologue l’ancien homme du KGB, impassible et brutal, qui aime jouer sur la double corde sensible de la mémoire soviétique ou impériale.
Ils cultivent leur propre légende et des clichés qui, en réalité, les servent, d’abord sur l’échiquier politique intérieur (avec des règles du jeu différentes) auprès de segments d’opinion à la fois conservateurs et en déclin social, mais aussi à l’extérieur, où ils espèrent faire figure d’énigmes suffisamment...

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La Tunisie, exception et laboratoire du monde arabe

Article publié dans L'Opinion

A ce jour seule expérience issue des « printemps » de 2011 à susciter encore un espoir démocratique réel, la Tunisie n’est pas pour autant épargnée par les maux qui touchent beaucoup de sociétés arabes. Après un attentat (le 8 juillet) qui a tué six membres des forces de sécurité au nord-ouest du pays (revendiqué par Al Qaida au Maghreb Islamique), après des élections municipales (en mai) aux résultats contradictoires, ce pays de 11,3 millions d’habitants reste au cœur de toutes les attentions. D’abord parce qu’il est un acteur clef de l’histoire politique récente en Méditerranée. Ensuite parce qu’il illustre le combat qui se joue pour l’avenir des sociétés arabes. Ce faisant, il montre également l’importance stratégique du Maghreb, qui demeure un impensé français et européen.

La Tunisie au centre des recompositions méditerranéennes.

C’est à Tunis que la Ligue Arabe installa son siège en 1979 (jusqu’en 1990), après que Le Caire eut signé une paix séparée avec Israël. C’est à Tunis encore que l’OLP de Yasser Arafat trouva refuge après s’être éloignée de l’épicentre palestinien du conflit, chassée de Jordanie en 1970 puis du Liban en 1982. C’est à Tunis toujours que l’immolation de Mohammed Bouazizi en décembre 2010 (puis sa mort en janvier suivant), déclencha les « soulèvements arabes », après la « révolution du jasmin » et la chute de Ben Ali. Centre politique de substitution les deux premières fois, précurseur lors de la troisième, la Tunisie reste une vitrine des rapports de force en Méditerranée. Après la cause palestinienne, l’organisation (et les déboires) de l’unité arabe, puis l’explosion sociale issue des frustrations économiques et politiques régionales, le pays du jasmin devient le laboratoire de trois autres enjeux clefs du moment : l’intégration des partis religieux dans un jeu démocratique arabe normalisé, la lutte anti-terroriste en société arabe moderne, la sortie de la malédiction économique (et, partant, migratoire) au sud de la Méditerranée.
Importance stratégique. L’intérêt porté à la Tunisie par d’autres puissances internationales semble confirmer cette importance stratégique. La Qatar est massivement présent avec un fond souverain qui s’installe à Tunis, et plus de 100 millions investis dans le pays entre 2011 et 2017. La Turquie a signé des accords d’investissements et de coopération militaire en décembre 2017. Du côté européen, l’Allemagne a promis le financement de projets, et ses fondations gagnent en influence. La Chine finance le nouveau bâtiment de l’Institut Diplomatique pour la Formation et les Etudes, créé en juin 1997 et qui compte désormais des promotions de 50 élèves, dont la moitié de femmes. On voit poindre ici la rivalité plus globale entre les nouveaux géants du Sud, les puissances musulmanes du moment (il y en a d’autres), et des acteurs européens, au sud de la Méditerranée. Cette rivalité entraîne à Tunis un débat de politique étrangère qui reprend des lignes de clivage internes, notamment entre laïcs progressistes pro-européens et conservateurs plus attirés par le tandem Doha-Ankara.

Partenaire privilégié de la France et témoin des contradictions arabes


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