vendredi 25 novembre 2011
lundi 7 novembre 2011
La Tunisie comme enjeu plutôt que symptôme"
La Tunisie comme enjeu plutôt que symptôme"
Publié sur Lemonde.frRappelons les faits. Environ neuf mois après avoir initié le mouvement qui a conduit à ce que l'on a appelé les "printemps arabes", la Tunisie a conduit le 23 octobre dernier des élections saluées par la plupart des observateurs comme exemplaires dans leur déroulement (en dépit des tensions qui ont éclatées après le scrutin dans le sud, notamment à Sidi Bouzid). Ces élections ont vu la victoire du parti Ennahda avec un score important (41,7 % des votes). Ce parti religieux dont le leader était en exil n'a pas joué de rôle structurant dans les soulèvements de l'hiver précédent, mais sa notoriété, son organisation, la force de son message peut-être, ont fait de lui l'acteur central de la recomposition politique à venir.
Ailleurs, où les soulèvements n'ont pas davantage été caractérisés par des slogans islamistes, plusieurs signaux montrent qu'il faudra peut-être compter tout autant avec les partis religieux. soit parce qu'ils constituent, après des années de lutte contre le régime, une "marque repère" dans le nouveau contexte politique pluraliste (comme les Frères musulmans en Egypte), soit parce que dans un contexte plus chaotique encore (comme en Libye) des acteurs avancent des référents culturels forts, à l'image de la charia, en dépit des réactions que ces mentions ne manquent pas de provoquer au nord de la Méditerranée. Et il n'est pas exclu que nous redécouvrions cette force structurante des acteurs religieux jusque dans des pays où on les croyait réduits par la force depuis longtemps (voir à cet égard Thomas Pierret, Baas et islam en Syrie. La dynastie Assad face aux oulémas, PUF, Paris, 2011).
On peut appréhender ces éléments soit comme symptômes, soit comme enjeux. Comme symptômes, ils prennent une allure alarmiste et conduisent à une analyse figée des sociétés arabes : décidément, cette partie du monde n'est pas faite pour la démocratie, et ceux qui se sont réjouis un peu vite de la disparition des régimes anciens, croyant en la spontanéité des soulèvements observables, auront été bien naïfs. Cette ligne sceptique existe, notamment dans une Amérique du nord (Canada compris), située plus loin de l'épicentre des événements récents, et en bien moindre interaction sociale avec les populations qui en sont issues. Elle peut conduire à préférer des acteurs issus de coups de force autoritaires mais supposés fiables et prévisibles, à des acteurs issus de processus démocratiques, mais dont le label islamiste est jugé inacceptable.
Vu comme des enjeux politiques et non comme des symptômes culturels, ces mêmes situations présentent plusieurs défis – et donc plusieurs opportunités – que la proximité des sociétés européennes avec les sociétés du Sud-méditerranéen nous imposent de relever ensemble.
Enumérons-en simplement trois ici :
1- l'établissement au Sud de la Méditerranée d'une vie politique enfin pluraliste, qui dégagera des nouvelles marges de manœuvre économiques, sociales et culturelles dans le voisinage stratégique immédiat de l'Union Européenne.
2- la normalisation indispensable des partis religieux dans ce processus politique. Oublions un instant le cliché qui oppose un "modèle turc" à un "modèle iranien", pour rappeler l'importance de voir des partis religieux, qui de toute façon ne disparaîtront d'un coup de baguette magique, accepter le pacte démocratique, c'est-à-dire remettre leur mandat en jeu après une victoire électorale, accepter la défaite, se livrer au jeu des coalitions ou des alliances (relisons à cet égard Ghassan Salamé (dir.), Démocraties sans démocrates. Politiques d'ouverture dans le monde arabe, Fayard, Paris, 1994). Face à la contradiction apparente de prêches virulents, de messages inquiétants, et d'autre part de déclarations d'intentions plus apaisantes, il est important d'aider à construire les cadres de ce nouveau pacte démocratique. Pour paraphraser les mots prêtés à François Mitterrand à propos de Mikhaïl Gorbatchev dans les années 1980, l'important n'est pas que ces nouveaux acteurs – en l'occurrence les partis religieux - soient sincères, mais que tout se passe comme s'ils étaient sincères.
3- Enfin, il nous faudra en Europe réussir la réinvention de la relation avec ces nouvelles classes politiques plurielles, forcément différentes des relations avec des régimes en situation de monopole, jadis incarnés par un individu érigé en interlocuteur unique. Dans cette réinvention de la relation au monde arabe, la France a un rôle à jouer, comme elle l'a revendiqué elle-même depuis longtemps, par exemple lors du discours de Jacques Chirac à l'Université du Caire en avril 1996. Mais c'est collectivement que les Européens devront démontrer leur capacité à sortir d'un discours timoré, et à prendre la mesure des enjeux plutôt que de s'effrayer de symptômes.
dimanche 6 novembre 2011
Annuaires stratégiques français
Trois annuaires stratégiques français
- - B. Badie, D.
Vidal, Nouveaux acteurs, nouvelle donne. L’état du monde 2012, La Découverte, Paris, 2011.
- P. Boniface (dir.), L’Année stratégique 2012. Analyse des enjeux internationaux, IRIS – Armand Colin, Paris, 2011.
- Th. De Montbrial, Ph. Moreau Defarges, Ramses 2012. Les Etats submergés ?, IFRI – DUNOD, Paris, 2011.
Voir aussi sur le site de l'IRSEM
Et mon Twitter
Depuis plusieurs années, la rentrée universitaire française est marquée par la publication d’annuaires stratégiques de renom. Avec quelques autres (comme l’Annuaire français des relations internationales, que nous mentionnerons ultérieurement), trois d’entre eux sont devenus des classiques : l’Année stratégique publiée par l’IRIS chez Armand Colin, L’Etat du monde (éditions La Découverte) et le Rapport Ramsès publié par l’IFRI (Dunod). Ces deux derniers célèbrent même, en cette année 2011, leur 30e anniversaire (le rapport sur L’Année stratégique, quant à lui, a été créé en 1985). Leur formule a évolué depuis leur création, renouvelant les équipes éditoriales, intégrant de nouvelles plumes, s’adaptant, surtout, à l’ère d’internet en prolongeant la publication papier par des bases de données en ligne. Cette offre variée en matière d’analyse stratégique est réjouissante : elle témoigne de l’intérêt que suscitent, dans notre pays, les questions internationales, stratégiques et de défense.
Depuis plusieurs années, la rentrée universitaire française est marquée par la publication d’annuaires stratégiques de renom. Avec quelques autres (comme l’Annuaire français des relations internationales, que nous mentionnerons ultérieurement), trois d’entre eux sont devenus des classiques : l’Année stratégique publiée par l’IRIS chez Armand Colin, L’Etat du monde (éditions La Découverte) et le Rapport Ramsès publié par l’IFRI (Dunod). Ces deux derniers célèbrent même, en cette année 2011, leur 30e anniversaire (le rapport sur L’Année stratégique, quant à lui, a été créé en 1985). Leur formule a évolué depuis leur création, renouvelant les équipes éditoriales, intégrant de nouvelles plumes, s’adaptant, surtout, à l’ère d’internet en prolongeant la publication papier par des bases de données en ligne. Cette offre variée en matière d’analyse stratégique est réjouissante : elle témoigne de l’intérêt que suscitent, dans notre pays, les questions internationales, stratégiques et de défense.
Systématique et chiffrée,
L’Année stratégique donne la
priorité, région par région, pays par pays, aux données statistiques (et
chronologiques) précédées d’un texte d’analyse, à la manière de ce qu’était la
version papier de L’Etat du monde il
y a quelques années. Le rapport Ramses est
peut-être celui qui ressemble le plus à son cousin de référence, le Strategic Survey de l’IISS de Londres,
dans sa volonté de passer en revue les grands ensembles géographiques après un
premier exercice de synthèse, en s’appuyant par ailleurs sur un appareil
cartographique toujours apprécié. L’Etat du monde, enfin, refait désormais sa
table des matières chaque année pour présenter en une trentaine d’articles un
panorama problématisé de l’année écoulée. Trois exercices complémentaires donc,
à l’usage différencié : aide-mémoire pour le premier, synthèse pour le
deuxième, essai engagé pour le troisième. A la tonalité différente aussi :
délibérément pédagogique (L’Année
stratégique), géopolitique (Ramses),
ou sociologique (L’Etat du monde).
Tous insistent cette année, avec des mots différents, sur la revanche des sociétés,
au point de poser, comme le fait le Ramses
en sous-titre, la question de « l'Etat submergé ». Submergé par
la profusion d’acteurs et de défis, qui remettent en cause la capacité du
système à répondre aux inputs. Par souci de balayer l’ensemble du spectre,
les deux premiers (Année stratégique
et Ramses) se contraignent davantage
à la figure imposée (géographique ou thématique), qu’ils renouvellent avec
talent. L’Etat du monde se risque
davantage à la figure libre, au thème iconoclaste (voir l’article sur « la
médiocrité du personnel politique occidental ») ou à la dimension moins
internationale (Guy Hermet sur « l’illusion électorale »).
Ces trois exercices ont
en commun de s’être convertis à l’analyse microsociale, donc à l’approche de l'international
et du stratégique par le bas. Par conviction de longue date, peut-on ajouter, pour
les auteurs de l’Année stratégique
(voir entre autres les articles « D’Abbottabad à Fukushima, de Chistchurch
à Yeonpyeong. L’Asie dans tous ses états », et « De la colère au soulèvement »),
et sans doute plus encore pour ceux de L’état
du monde : Bertrand Badie nous avait averti du Retournement
du monde dès 1992, il confirme vingt ans plus tard - et les faits avec lui
- que « le social défie le politique et fait trembler
l’international ». L’action des Etats est pourtant loin d’être absente de
ces ouvrages (on relira entre autres « Le jeu de l’Iran en Irak et en Afghanistan »,
par P-J. Luizard dans L’état du monde,
« Etats-Unis : un retour à la grande guerre sous contrainte
budgétaire », par C. Brustlein, ou « « Israël et la révolte
arabe : la politique du déni », par D. bauchard, dans le Ramses,
« Les occidentaux à
l’épreuve des crises », par J-P. Maulny dans L’Année stratégique). Et si L’état
du monde, contrairement à ses deux voisins, ne consacre pas explicitement
de rubrique aux enjeux militaires et de défense, préférant souligner la
contrainte que constitue sur eux le nouveaux contexte sociologique mondial, la question
transparaît néanmoins régulièrement (voir Ph. Golub, « Les Etats-Unis au Moyen-Orient :
un géant impuissant ? »).
Il ressort au final de
ces trois annuaires la consécration d’une scène mondiale incroyablement
plurielle. Des employés du secteur textile au Bangladesh jusqu’aux
« acteurs récalcitrants » - comme les FARC de Colombie ou le mouvement
islamiste armé Boko Haram au Nigéria -,
en passant naturellement par les foules des printemps arabes ou les animateurs
de Wikileaks, combien d’acteurs sont en mesure, aujourd’hui, de peser directement
ou indirectement sur les rapports de force stratégiques, jadis analysés sous le
seul angle de la bataille rangée interétatique ? Le passage en revue de
cette profusion, au fil des pages, donne le vertige mais de façon salutaire.
Plutôt que de s’arrêter à une analyse convenue des réseaux sociaux en Tunisie
et en Egypte (le risque existait…), le spectre a été élargi par chacun des
trois ouvrages, chacun à sa manière, chacun avec son engagement et ses
hypothèses propres. A nous d’en tirer les leçons.
dimanche 23 octobre 2011
Arianna Huffington, L’Amérique qui tombe
Arianna Huffington, L’Amérique qui tombe. Comment les politiques ont trahi le rêve américain et abandonné la classe moyenne, Fayard, Paris, 2011, 371 pages.
Connue pour son
engagement politique (présenté en quatrième de couverture, dans un remarquable
euphémisme, comme « de sensibilité démocrate »), la créatrice du Huffington Post nous livre ici un
tableau particulièrement sombre de l’Amérique actuelle. Pays du Tiers-Monde, à
la classe moyenne ruinée et démoralisée, aux infrastructures délabrées, à
l’éducation sinistrée, les Etats-Unis ont été livrés, selon l’auteur, aux
lobbystes, aux spéculateurs, aux intérêts des grandes entreprises, au point de
mettre en danger de mort les idéaux d’un pays qui a toujours dû son succès à
l’égalitarisme, et à ce formidable optimisme généré par l’idée que tout était
possible pour tout le monde, à force de travail et de persévérance.
A coups d’anecdotes
accablantes, de statistiques effrayantes ou de sondages surréalistes, l’auteur dépeint une Amérique pour le moins
surprenante (comme ce sondage Harris de mars 2010 dans lequel 57% des
sympathisants républicains croyaient le président Obama musulman, 37% d’entre
eux voyaient des points communs entre ses actions et celles de Hitler, 24%
envisageant plus simplement… qu’il soit l’antéchrist). L’ensemble de la
réflexion est fort documenté, utilisant la palette complète qui va de la
tranche de vie d’un individu jusqu’aux ouvrages de sciences sociales ou même
aux grands classiques de la philosophie. Le résultat en est un cri d’alarme
assourdissant, nuancé toutefois, dans le dernier chapitre, par la foi de
l’auteur en la capacité de l’Amérique à rebondir, aidée en cela, espère-t-elle,
par les nouvelles technologies qui donneront lieu à une gouvernance 2.0, par la
force du civisme de ce que James Rosenau appelait en son temps « l'individu
compétent » (skillful individual).
La dose administrée ici
par Arianna Huffington est forte. Elle n’est pas originale pour autant :
portraits de citoyens désespérés, calculs de ce que le budget de défense
pourrait financer de postes de fonctionnaires ou d’aides au plus pauvres,
critique violente du grand capital et de l’aliénation de la classe politique…
on retrouve là les classiques de la gauche américaine. Livre d’un temps de
crise, livre d’une déception aussi, après les premiers pas de l'administration
Obama, l’Amérique qui tombe reflète néanmoins
les angoisse de toute une classe moyenne. Si le ressort du rêve américain est
mal en point, il n’est pas cassé néanmoins. Et l’auteur, née en Grèce, émigrée
aux Etats-Unis à l’âge de 25 ans, continue de dire « nous » quand
elle parle de l’Amérique…
Frédéric Charillon
dimanche 25 septembre 2011
sous la direction de Josepha Laroche
La loyauté dans les relations internationales
Nouvelle édition refondue
Définie comme fidélité aux engagements pris, la loyauté est spontanément perçue comme une vertu morale, une
qualité comportementale s’accomplissant essentiellement dans les relations interpersonnelles. Cet ouvrage issu d’une recherche collective et transdisciplinaire a au contraire pour ambition de démontrer que la loyauté ne se réduit plus à ce simple registre éthique et subjectif. Il propose un cadre d’analyse qui permette de mettre en évidence pourquoi et comment la loyauté est à présent passée à l’échelle internationale.
Avec la mondialisation, elle est devenue une injonction structurelle, juridiquement reconnue et politiquement sanctionnée, un principe d’ordre désormais indispensable à la sécurité des échanges de tous les acteurs impliqués. Elle représente un mode d’imposition de règles communes de plus en plus contraignantes et en voie de juridicisation.
Ont contribué à cet ouvrage : Frédéric Charillon, Jacques Chevallier, Josepha Laroche, Armelle Le Bras-Chopard, Patrick Lehingue, Yves Poirmeur, Michel Rainelli, Philippe Ryfman, Pascal Vennesson.
Guibourg Delamotte - La politique de défense du Japon
Guibourg Delamotte, La politique de défense du Japon, PUF, Paris, 2010.
Les ouvrages sur les politiques de défense étrangères sont rares en français, plus encore sur le Japon, qui donne a voir de nombreuses singularités. D’accès difficile à la recherche pour des raisons linguistiques et culturelles évidentes, la défense japonaise, entre dépendance vis-à-vis des Etats-Unis et quête de « normalisation » sur la scène internationale, fait l’objet ici d’une étude fondée d’abord sur les débats politiques et les évolutions constitutionnelles qui ont présidé à l’organisation des « Forces d’autodéfense ». Cette armée qui ne dit pas son nom, comme le regrettait dans la première moitié des années 2000 le Premier ministre Koizumi, étant gérée par une « agence de la défense » qui n’est devenue « ministère » qu’en 2006.
Pressé par ses alliés (à commencer bien sûr par les Etats-Unis) de s’impliquer davantage dans les affaires internationales, inquiet de la menace nord-coréenne mais aussi de la montée en puissance chinoise, le Japon peut-il encore s’en tenir aux principes de contribution à la paix et d’autolimitation, énoncés lors de la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale ? Peut-il faire l’économie d’une armée plus structurée, plus puissante, plus influente y compris sur le plan intérieur, lui qui a les moyens financiers et technologiques d’assumer une défense de pointe ? Les contraintes économiques, les réticences de l’opinion publique, le carcan constitutionnel freinent une telle évolution. Mais les transformations régionales l’appellent. Le rejet du nucléaire, les hésitations à assumer une plus grande implication dans les Nations Unies, la présence de 37.000 soldats américain sur le territoire (VIIe Flotte non comprise), constituent autant d’éléments d’une équation japonaise complexe.
Un peu à la manière de l’ouvrage de Marie-Christine Kessler sur la politique étrangère de la France en 1999, Guibourg Delamotte défriche ici un terrain qui impose de commencer par le commencement, c’est-à-dire par la présentation des textes, des acteurs, des contraintes. Elle choisit en effet de revenir sur ces paramètres, là où d’autres travaux passent directement aux tensions régionales, à la question chinoise, où à l’estimation des capacités en présence sur le théâtre asiatique. En conséquence, ce travail sur « la politique de défense du Japon » est bien conforme à ce qu’indique le titre : il est bien question ici de l’élaboration d’une politique publique, dans son environnement national, avec son histoire propre, histoire dont il n’est pas facile de sortir. Ce retour aux conditions d’élaboration d’une politique est le bienvenu. Il constitue d’ailleurs, sans doute, la partie la plus difficile de la compréhension de la défense japonaise, dans la mesure où il exige connaissance du terrain, entretiens avec les acteurs, compréhension des textes. Maître de Conférence à l’Inalco et spécialiste des questions japonaises, Guibourd Delamotte était probablement l’une des mieux placées pour l’accomplir.
Les ouvrages sur les politiques de défense étrangères sont rares en français, plus encore sur le Japon, qui donne a voir de nombreuses singularités. D’accès difficile à la recherche pour des raisons linguistiques et culturelles évidentes, la défense japonaise, entre dépendance vis-à-vis des Etats-Unis et quête de « normalisation » sur la scène internationale, fait l’objet ici d’une étude fondée d’abord sur les débats politiques et les évolutions constitutionnelles qui ont présidé à l’organisation des « Forces d’autodéfense ». Cette armée qui ne dit pas son nom, comme le regrettait dans la première moitié des années 2000 le Premier ministre Koizumi, étant gérée par une « agence de la défense » qui n’est devenue « ministère » qu’en 2006.
Pressé par ses alliés (à commencer bien sûr par les Etats-Unis) de s’impliquer davantage dans les affaires internationales, inquiet de la menace nord-coréenne mais aussi de la montée en puissance chinoise, le Japon peut-il encore s’en tenir aux principes de contribution à la paix et d’autolimitation, énoncés lors de la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale ? Peut-il faire l’économie d’une armée plus structurée, plus puissante, plus influente y compris sur le plan intérieur, lui qui a les moyens financiers et technologiques d’assumer une défense de pointe ? Les contraintes économiques, les réticences de l’opinion publique, le carcan constitutionnel freinent une telle évolution. Mais les transformations régionales l’appellent. Le rejet du nucléaire, les hésitations à assumer une plus grande implication dans les Nations Unies, la présence de 37.000 soldats américain sur le territoire (VIIe Flotte non comprise), constituent autant d’éléments d’une équation japonaise complexe.
Un peu à la manière de l’ouvrage de Marie-Christine Kessler sur la politique étrangère de la France en 1999, Guibourg Delamotte défriche ici un terrain qui impose de commencer par le commencement, c’est-à-dire par la présentation des textes, des acteurs, des contraintes. Elle choisit en effet de revenir sur ces paramètres, là où d’autres travaux passent directement aux tensions régionales, à la question chinoise, où à l’estimation des capacités en présence sur le théâtre asiatique. En conséquence, ce travail sur « la politique de défense du Japon » est bien conforme à ce qu’indique le titre : il est bien question ici de l’élaboration d’une politique publique, dans son environnement national, avec son histoire propre, histoire dont il n’est pas facile de sortir. Ce retour aux conditions d’élaboration d’une politique est le bienvenu. Il constitue d’ailleurs, sans doute, la partie la plus difficile de la compréhension de la défense japonaise, dans la mesure où il exige connaissance du terrain, entretiens avec les acteurs, compréhension des textes. Maître de Conférence à l’Inalco et spécialiste des questions japonaises, Guibourd Delamotte était probablement l’une des mieux placées pour l’accomplir.
vendredi 16 septembre 2011
Afrique du Nord - Moyen-Orient 2011-2012
FREDERIC CHARILLON, ALAIN DIECKHOFF
La Documentation française
Afrique du Nord - Moyen-Orient 2011-2012 - Révolutions civiques, bouleversements politiques, ruptures stratégiques -
Une analyse des bouleversements intervenus dans le monde arabe au cours des derniers mois, notamment en Égypte et en Tunisie.
Lutte des peuples pour instaurer la démocratie, chutes successives des régimes autoritaires, des pays du Maghreb à ceux du Golfe, un même élan porteur d'espoir parcourt ces États.Sur ces mutations en cours, depuis début 2011, la nouvelle édition de la collection " Mondes émergents " esquisse des pistes de réflexion, en s'intéressant particulièrement aux révolutions survenues en Egypte et en Tunisie. En complément sont étudiées, outre les activités d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, la place de l'islam dans les sociétés arabes ainsi que les évolutions récentes de la Turquie et dans les territoires palestiniens.
Sommaire :
2010-2011 : Révolutions civiques, bouleversements politiques, ruptures stratégiques (Frédéric Charillon)
Égypte 2010 : fin de régime ou fin de règne ? (Vincent Romani)
La révolution tunisienne ou comment sortir de l'impasse autoritaire (Flavien Bourrat)
Territoires palestiniens : impasses sur tous les fronts (Aude Signoles)
La Turquie, un nouveau modèle pour le Moyen-Orient ? (Élise Massicard)
Al-Qaïda au Maghreb islamique : une logique de guerre (Jean-Pierre Filiu)
L'islam dans les sociétés arabes, hier et aujourd'hui (Mark Tessler)
Chronologie Afrique du Nord-Moyen-Orient : mars 2010 - février 2011 (Sihem Djebbi).
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/catalogue/9782110083432/
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